OK est souvent décrit comme le mot le plus répandu au monde : compris sur tous les continents, il sert à approuver, confirmer ou signaler que tout va bien. Son origine a pourtant fait l’objet de dizaines d’hypothèses, parfois fantaisistes. La question est résolue depuis 1963, grâce au philologue américain Allen Walker Read. Cet article retrace la naissance du mot, sa diffusion et les théories rivales.
Oll korrect : Boston, 1839
La première occurrence connue d’O.K. apparaît le 23 mars 1839 dans le Boston Morning Post. L’éditeur Charles Gordon Greene l’emploie dans un texte satirique visant le Providence Journal[2]. L’abréviation est glosée dans le texte même :
He of the Journal [...] would have the "contribution box," et ceteras, o.k. — all correct.
Le lecteur n’était pas censé connaître le sigle : Greene en donne aussitôt la clef. O.K. abrège oll korrect, orthographe volontairement fautive de all correct[3]. Ce n’est pas un jeu isolé : l’abréviation s’inscrit dans une vogue de sigles comiques qui animait les journaux bostoniens en 1838-1839.
Cette mode combinait deux tendances : le goût pour les sigles fantaisistes et l’emploi de fautes d’orthographe parodiques[1].
Le O.K. Club et la campagne de 1840
Le sigle aurait pu disparaître comme ses semblables. Il doit sa survie à la politique. En 1840, les partisans du président Martin Van Buren, candidat à sa réélection, fondent à New York le Democratic O.K. Club. Van Buren était surnommé « Old Kinderhook », du nom de sa ville natale dans l’État de New York. Le sigle jouait sur un double sens : « Old Kinderhook » et « oll korrect »[4].
Selon Read, les adversaires whigs retournent l’arme en proposant de lire O.K. comme « Out of Kash » (à court d’argent) ou « Orful Kalamity » (terrible calamité)[5]. Cette guerre de slogans contribue à installer durablement le sigle dans le vocabulaire national.
Le télégraphe, accélérateur de diffusion
À partir des années 1840-1860, le télégraphe favorise l’expansion d’O.K. Un signal bref signifiant « bien reçu, correct » convenait parfaitement à un moyen de communication où chaque caractère comptait[6].
Les hypothèses concurrentes
L’origine d’OK a suscité des dizaines de théories. Les principales :
L’hypothèse choctaw. En 1885, William S. Wyman propose qu’OK viendrait du choctaw okeh, « c’est ainsi ». Selon Wordorigins, plusieurs grands dictionnaires américains auraient retenu cette étymologie jusque dans les années 1960[7]. L’hypothèse reste plausible comme influence parallèle, mais les travaux de Read montrent que la première attestation écrite est bien oll korrect, sans lien documenté avec le choctaw.
L’hypothèse africaine. David Dalby (SOAS, Londres) propose en 1969-1971 que OK viendrait du wolof waw-kay ou du mandingue o ke, introduit par les esclaves ouest-africains. Frederic G. Cassidy conteste cette hypothèse en 1981 : il n’existe selon lui « aucune preuve documentaire » d’un lien causal[8].
L’hypothèse Andrew Jackson. En 1840, le New York Herald prétend que le président Andrew Jackson signait ses documents « O.K. » pour « Ole Kurrek ». Read a démontré que cette anecdote est fabriquée[9].
D’autres hypothèses — le grec ola kala, l’allemand ohne Korrektur, le français aux quais, le latin omnis correcta — n’ont aucune preuve documentaire à leur appui[5].
L’entrée en français
L’Académie française (9e édition) définit O.K. comme une « abréviation empruntée de l’américain, sans doute d’après all correct », de registre familier, servant à « acquiescer, donner son assentiment »[10]. La diffusion large en français est généralement associée à la Seconde Guerre mondiale et au contact avec les soldats américains, bien que des attestations antérieures existent[11]. La date précise de la première apparition en français reste discutée.
Comme les mots français venus de l’arabe, OK illustre la façon dont un emprunt peut s’installer si profondément qu’on en oublie l’origine étrangère. Et comme pour le mot travail, dont l’étymologie a longtemps été disputée, il a fallu un travail patient de documentation pour démêler le vrai du légendaire.
Bibliographie
- Read, Allen Walker, « The First Stage in the History of 'O.K.' », American Speech, 38(1), 1963, p. 5-27. JSTOR.
- Metcalf, Allan, OK: The Improbable Story of America’s Greatest Word, Oxford University Press, 2010.
- Cassidy, Frederic G., « OK — Is It African? », American Speech, 56(4), 1981, p. 269-273.
- Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, article « O.K. ».
- Harper, Douglas, « OK », Etymonline. Consulté le 2026-10-02.
- Wilton, Dave, « OK / okay / A-OK », Wordorigins.org. Consulté le 2026-10-02.
Notes et références
- Read (1963), repris par Wordorigins, Etymonline et le Cambridge Dictionary Blog. ↑
- Read (1963) ; OED, entrée « OK » ; University of Illinois Blog. ↑
- Read (1963) ; OED ; Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition. ↑
- Read (1963) ; Etymonline ; Cambridge Dictionary Blog. ↑
- D’après les listes d’hypothèses documentées par Read (1963-1964) et reprises par Wordorigins. ↑
- Wordorigins ; University of Illinois Blog. ↑
- Wyman (1885) ; Byington, A Dictionary of the Choctaw Language, 1915, p. 294 ; Wordorigins (résumant Read). ↑
- Dalby (1969-1971) ; Cassidy, « OK — Is It African? », American Speech, 56(4), 1981, p. 269-273. ↑
- Read, « Could Andrew Jackson Spell? », American Speech, 38(3), 1963, p. 188-195. ↑
- Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, article « O.K. ». ↑
- La Langue française ; Wiktionnaire (point de départ seulement). La date exacte de la première attestation en français n’a pas pu être établie (voir le dossier documentaire). ↑
