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Noms propres

D’où viennent les noms des jours de la semaine ?

Lundi, mardi, mercredi : les jours de la semaine portent les noms de sept astres romains. Du latin planétaire au français, une histoire de deux mille ans.

Illustration de la rubrique Noms propres (générée par IA)

En bref
Sept planètes, sept jours Les Romains ont nommé chaque jour d’après l’un des sept astres visibles à l’oeil nu : Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et Soleil.
Du latin au français en trois voies Le latin Lunae dies a donné trois types selon les régions romanes : dies Lunae (catalan dilluns), Lunis dies (français lundi) et Lunis seul (espagnol lunes).
Samedi et dimanche : la marque chrétienne Le christianisme a remplacé Saturne par le sabbat hébreu et le Soleil par le « jour du Seigneur », alors que l’anglais conserve Saturday et Sunday.

Les sept jours de la semaine française portent chacun le nom d’un astre. Lundi est le jour de la Lune, mardi celui de Mars, mercredi celui de Mercure, jeudi celui de Jupiter, vendredi celui de Vénus. Seuls samedi et dimanche échappent à cette logique planétaire : le christianisme y a substitué le sabbat hébreu et le « jour du Seigneur ». Comment ce système astronomique, né dans l’Antiquité, a-t-il traversé deux millénaires pour aboutir aux mots que nous utilisons chaque matin ?

Une semaine venue des astres

Les Romains désignaient chaque jour par le nom de l’une des sept « planètes » visibles à l’oeil nu : Saturne, le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupiter et Vénus[1]. Ce système de semaine planétaire — l’attribution d’un astre à chaque jour — n’est pas romain d’origine. L’historien grec Dion Cassius (vers 155 - après 235) l’attribue aux Égyptiens dans son Histoire romaine :

The custom [...] of referring the days to the seven stars called planets was instituted by the Egyptians, but is now found among all mankind, though its adoption has been comparatively recent.

Dion Cassius, Histoire romaine, XXXVII, 18-19

L’une des plus anciennes traces matérielles de cette semaine planétaire est un graffiti découvert à Pompéi, antérieur à la destruction de la ville en 79 apr. J.-C., qui énumère les jours dans l’ordre que nous connaissons encore[2].

Du latin au français : sept étymologies

Le suffixe -di, commun aux sept jours en français, est le vestige du latin dies, « jour », réduit à une syllabe par l’usure phonétique. Voici, jour par jour, le chemin du latin au français.

Lundi. Du latin Lunae dies, « jour de la Lune ». En latin populaire, le génitif Lunae a été refait en Lunis, par analogie avec Martis, Jovis, Veneris, ce qui donne Lunis dies[1]. La forme die Lunis est attestée en Apulie en 393[1]. En ancien français, Philippe de Thaon écrit lunsdi en 1119 dans son Comput ; Wace écrit lundi vers 1160-1174[4].

Mardi. Du latin Martis dies, « jour de Mars »[5]. La forme ancienne marsdi (XIIe siècle) montre que le s de Mars s’est maintenu un temps avant de tomber[5].

Mercredi. Du latin Mercuri dies, « jour de Mercure », refait en latin populaire en Mercuris dies[6]. La forme die Mercuris est attestée au IVe siècle[6]. Philippe de Thaon écrit mercresdi en 1119 ; la forme merkredi apparaît en 1339[6].

Jeudi. Du latin Jovis dies, « jour de Jupiter »[7]. La forme die Jovis est attestée dès le IIIe siècle[7]. Philippe de Thaon écrit juesdi en 1119[7].

Vendredi. Du latin Veneris diem, « jour de Vénus »[8]. Philippe de Thaon écrit vendresdi en 1119. En wallon, la forme divendres (vers 1130) témoigne d’un autre type latin, où dies précède le génitif[8].

Samedi. Ce jour rompt avec la série planétaire. Le latin dies Saturni, « jour de Saturne », a été remplacé par le latin populaire sambati dies, composé de dies et de sambati, génitif de sambatum[9]. Ce dernier est emprunté au grec sambaton, une variante nasalisée de sabbaton (« sabbat »), lui-même issu de l’hébreu shabbat[9]. Les premières formes françaises samadi et samedi apparaissent au début du XIIe siècle dans la Vie de saint Brendan[9]. Vers 1200, la forme sethmedi trahit l’influence de l’ancien français setme, « septième » (du latin septimus) : certains locuteurs ont réinterprété samedi comme « septième jour »[9].

Dimanche. Le latin dies Solis, « jour du Soleil », a cédé la place au latin chrétien dies dominicus, « jour du Seigneur »[10]. L’évolution phonétique est complexe : dies dominicus > didominicu > diominicu par dissimilation (les deux d proches se différencient)[10]. En ancien français, la forme dïemeine (vers 1119, Philippe de Thaon) a été refaite d’après l’adjectif demaine (du latin dominicus), « seigneurial ». La forme dïen enche apparaît vers 1131 dans le Couronnement de Louis[10].

Astre Latin Ancien français Français Luna (Lune) Lunis dies lunsdi (1119) lundi Mars Martis dies marsdi (XIIe s.) mardi Mercurius Mercuris dies mercresdi (1119) mercredi Jupiter (Jovis) Jovis dies juesdi (1119) jeudi Vénus Veneris diem vendresdi (1119) vendredi Saturne → Sabbat *sambati dies samadi (déb. XIIe) samedi Soleil → Seigneur dies dominicus dïemeine (v. 1119) dimanche Les deux dernières lignes (fond grisé) marquent la substitution chrétienne.
Les sept jours : du latin au français

Trois types latins, trois familles romanes

Le TLFi distingue trois façons d’ordonner les mots dans le composé latin, qui ont produit des résultats différents selon les langues romanes[1] :

  1. **dies + génitif* (dies Lunae, dies Jovis) : le mot « jour » précède le nom de l’astre. Ce type survit en catalan (dilluns, dijous), en occitan (dilun, dijou) et dans certains parlers anciens de Wallonie et de Picardie (deluns, divendres*).
  1. *génitif + dies** (Lunis dies, Martis dies) : l’ordre inverse. C’est le type qui a donné les formes françaises standard (lundi, mardi) et italiennes (lunedì, martedì*).
  1. génitif seul (Lunis, Martis, Jovis, Veneris) : dies a disparu. Ce type vit dans l’espagnol (lunes, martes, jueves, viernes) et dans d’autres langues romanes (roumain, sarde, francoprovençal).

Un quatrième système, d’origine chrétienne, a remplacé les noms planétaires par une numérotation : secunda feria, tertia feria, etc. Il est conservé en portugais (segunda-feira, terça-feira)[1].

Le linguiste Albert Henry a étudié en détail la répartition géographique de ces types dans le domaine gallo-roman. Dans le sud de la France (au sud d’une ligne Gironde-Romandie), le type dimars prédominait ; dans le nord, mardi[11]. Cette variation témoigne de la profondeur des clivages dialectaux dans l’évolution du latin au français.

La christianisation : samedi et dimanche

De lundi à vendredi, les dieux romains ont survécu dans les noms des jours. Mais le christianisme a réussi à « écarter Saturnus et Sol au bénéfice de sabbatum et de dominicus »[1].

Le remplacement de dies Saturni par sambati dies s’est fait au IVe siècle, probablement à partir de milieux chrétiens hellénisants, selon le TLFi qui cite l’hypothèse de M. Pfister et mentionne les communautés de Lyon et de Trèves comme foyers possibles de diffusion[9]. Cette hypothèse expliquerait aussi la forme Samstag en allemand du sud, face à Sonnabend (« veille du dimanche ») dans le nord.

Le remplacement de dies Solis par dies dominicus est contemporain. Le latin chrétien dies dominicus s’est progressivement substitué à dies Solis dans le monde roman[10]. Un repère souvent cité est l’édit de Constantin de 321, qui impose un repos le « jour vénérable du Soleil » (venerabili die solis) : la formule fait encore référence au culte solaire et non au vocabulaire chrétien[12].

Philippe de Thaon : le témoin de 1119

Presque toutes les premières attestations connues des noms des jours en ancien français proviennent d’un même ouvrage : le Comput de Philippe de Thaon, clerc anglo-normand, rédigé en 1119[4]. Ce texte, qui explique le calendrier liturgique, a fixé par écrit les formes lunsdi, mercresdi, juesdi, vendresdi et dïemeine. La forme marsdi pour mardi est attestée au XIIe siècle par l’Académie française, mais sans référence précise au Comput[5].

Le Comput est donc un document précieux : il fournit un instantané des noms des jours à une époque où le français écrit en est encore à ses débuts, un siècle à peine après la première attestation du français dans les Serments de Strasbourg (842). Comme pour l’étymologie de Paris, c’est dans les textes médiévaux que l’on retrouve les formes les plus proches du latin, avant les simplifications phonétiques des siècles suivants.

Bibliographie

  • Trésor de la langue française informatisé (TLFi), entrées « lundi », « mercredi », « jeudi », « vendredi », « samedi », « dimanche ». ATILF (CNRS / Université de Lorraine). Consulté le 2026-10-02 via CNRTL.
  • Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, entrées « lundi », « mardi », « mercredi », « samedi », « vendredi », « dimanche ». Consulté le 2026-10-02.
  • Dion Cassius, Histoire romaine, XXXVII, 18-19 (traduction anglaise Loeb, via Lacus Curtius). Consulté le 2026-10-02.
  • Henry, Albert, « Les noms des jours de la semaine en ancien français », Romania, t. 72, n° 285, 1951, pp. 1-30.
  • Henry, Albert, « Les noms des jours de la semaine en ancien français, compléments », Romania, t. 72, n° 286, 1951.
  • Etymonline, entrées « Saturday », « Sunday », « Tuesday », « Wednesday », « Thursday », « Friday ». Consulté le 2026-10-02.

Notes et références

  1. TLFi, entrée « lundi » (étymologie) : « Les jours de la semaine ont été désignés à Rome par les noms de sept planètes. » Distingue trois types latins et un quatrième d’origine chrétienne. ↑
  2. La semaine planétaire est attestée à Pompéi par un graffiti (référence épigraphique CIL IV 8863). Source secondaire : Wikipédia français, « Noms des jours de la semaine ». ↑
  3. Dion Cassius, Histoire romaine, XXXVII, 18-19 (traduction Loeb, via Lacus Curtius). ↑
  4. TLFi, entrée « lundi » : première attestation lunsdi en 1119 (Philippe de Thaon, Comput, 523). ↑
  5. Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, entrée « mardi » : « XIIe siècle, marsdi. Issu du latin Martis dies. » ↑
  6. TLFi, entrée « mercredi » : « D’un lat. pop. Mercuris Dies, pour le lat. class. Mercuri dies. » Première attestation mercresdi* en 1119. ↑
  7. TLFi, entrée « jeudi » : « Du lat. Jovis dies. » Première attestation juesdi en 1119. ↑
  8. TLFi, entrée « vendredi ». Première attestation vendresdi en 1119 ; wallon divendres vers 1130. ↑
  9. TLFi, entrée « samedi » : « D’un lat. pop. *sambati dies [...] altération du gr. sambaton, var. de sabbaton. » Cite M. Pfister pour l’hypothèse de diffusion depuis Lyon et Trèves. ↑
  10. TLFi, entrée « dimanche » : « Du lat. chrét. dies dominicus [...] devenu didominicu, puis par dissimilation consonantique diominicu. » ↑
  11. Henry, Albert, « Les noms des jours de la semaine en ancien français », Romania, t. 72, n° 285, 1951 : « dans le sud de la ligne Gironde-Romandie, le type dimars régnait ; dans le nord, mardi. » ↑
  12. L’édit de Constantin (3 juillet 321, Codex Justinianus, III, 12, 2) impose un repos le venerabili die solis. Information rapportée d’après des sources secondaires (Wikipédia français, « Noms des jours de la semaine »). Le TLFi (entrée « dimanche ») ne mentionne pas cet édit. ↑
  13. Etymonline, entrées « Tuesday », « Wednesday », « Thursday », « Friday » : chacune détaille l’équivalence entre la divinité romaine et la divinité germanique correspondante. ↑
étymologie latin astronomie calendrier christianisme histoire-de-la-langue